Présentation du corpus

Une introduction à la ville de Roubaix durant l’entre-deux-guerres

"Le secret de Roubaix, ce n’est pas dans ses pierres qu’on le trouve, c’est dans l’âme, le tempérament de ses habitants" 

Yves-Marie Hilaire, Histoire de Roubaix, 1984.

Connue pour son essor spectaculaire entre le XIXe et le XXe siècle, Roubaix s’impose comme l’une des villes emblématiques de la France contemporaine. La période de l’entre-deux-guerres représente un moment charnière, aussi bien pour l’Europe que pour Roubaix, qui s’inscrit alors dans un réseau d’échanges internationaux.
Les années 1920 marquent une phase de redressement et de prospérité pour la ville, caractérisée par une activité économique florissante, notamment dans le domaine du textile. Cette décennie dynamique fait de Roubaix une ville en pleine expansion, ouverte sur le monde, notamment vers les États-Unis.
Cependant, cette prospérité est brutalement interrompue par la crise économique des années 1930. Le krach boursier de Wall Street en 1929 a un impact direct et profond sur Roubaix, en raison de ses liens étroits avec l’économie mondiale. Contrairement à d’autres régions françaises moins touchées dans l’immédiat, la ville subit brutalement les conséquences de la crise, qui ont créé un grand nombre d’enjeux et de problèmes politiques.
L’historien Hilaire souligne d’ailleurs que l’histoire de Roubaix durant cette période peut être divisée en deux grandes phases : la décennie de prospérité des années 1920, suivie par la période de crise des années 1930. Ce contraste illustre avec force la vulnérabilité des villes industrielles fortement mondialisées, comme Roubaix, surnommée à l’époque le « Manchester français ».
Durant cette période de l’entre-deux-guerres, l’une des figures majeures de la ville est son maire Jean-Baptiste Lebas. Jean Lebas représente, selon les historiens, l’âme de la ville roubaisienne. Beaucoup de confiance lui sont accordées, où, les auteurs schématise cela par les termes “long mariage d’amour”, entre les Roubaisiens et leur maire. Tout comme les patrons d’usines Motte, Jean Lebas avait aussi beaucoup d’ambitions avant l’arrivée de la guerre lors de sa prise de fonction en mai 1912, avec son programme de 1912-1913. Par la suite, le maire socialiste revient à Roubaix en 1918, et la ville est rendue aux Français le 18 octobre 1918. 
 

Urbanisation de Roubaix

Durant cette période, le maire socialiste roubaisien Jean-Baptiste Lebas, mène une grande politique de rénovation et d’urbanisation à Roubaix.
Confronté également aux problèmes d’habitations dans sa ville, le maire roubaisien saisit l’enjeu des habitations dans sa ville. Durant ces années, Jean Lebas se préoccupe des logements roubaisiens, voulant que sa population vive dans des logements dits “décents”. Comme l’explique Provo, Jean Lebas est issu d’une famille ouvrière, et a connu la misère de ces lieux de vie pour les ouvriers. La misère de ces logements est souvent dénoncée par de grands hommes, notamment le poète Maxence Van der Meersch. Le maire roubaisien veut donc mettre en place de nouvelles constructions de logements pour la ville, permettant à la population de vivre dans de meilleures conditions. Pour cet aménagement d’habitations, de l’espace est requis pour ce projet ; et il s’avère qu’un grand espace est disponible à Roubaix en direction de la ville de Hem, avec une sorte de grande plaine d’environ 23 hectares. Pour ces logements, Jean Lebas souhaite que ces logements soient de nouveaux logements, et tend à créer une rupture avec les logements ouvriers. En 1920, se met en place la création d’HBM (Office d'habitation à bon marché), et gère la construction des logements suite à la loi de 1912. Et dans ces années 1920, les commandes y suivent avec trois tranches de périodes ; 1923 - 1927 - 1929. Le caractère novateur désiré par Jean Lebas pour ses logements donne à ce quartier le nom de “Nouveau Roubaix”. Toutefois, il s’avère que les habitants n’apprécient pas ces logements. Mais, sans se rendre compte que ces logements désignés de “casernes” ou “cages à lapin” améliorent leur condition de vie, avec des WC, salle d’eau et de l’isolement. À travers ses initiatives ambitieuses en matière de logement, Jean Lebas témoigne d’une volonté claire d’améliorer les conditions de vie des ouvriers roubaisiens. Malgré les critiques initiales visant ces nouvelles habitations, souvent perçues comme trop uniformes ou impersonnelles, elles marquent une avancée sociale majeure. En dotant la ville de logements plus décents et hygiéniques, le "Nouveau Roubaix" incarne un tournant dans la politique urbaine et sociale de l’époque, fidèle aux convictions humanistes de son maire. 

Cette urbanisation et innovation se manifeste également par la Piscine de Roubaix. Dans cette logique de modernisation et de mise en valeur de l’espace urbain, plusieurs équipements publics voient également le jour. Parmi eux, la construction d’un grand parc des sports et d’une piscine moderne — la célèbre Piscine Art déco de Roubaix — symbolise la volonté de la municipalité de concilier progrès social, hygiène publique et fierté locale.
Le dimanche 2 octobre 1932 est inaugurée dans la ville, la célèbre Piscine de Roubaix. Bien loin de son aspect patrimonial que nous lui accordons de nos jours, cette piscine se veut être un lieu de sport, et comme “la plus belle piscine de France”. 
Aujourd’hui classée au patrimoine du XXe siècle, la piscine municipale de Roubaix se distingue non seulement par la qualité de ses infrastructures sportives et hygiéniques, mais aussi par son caractère profondément novateur sur le plan social. À l’époque de son inauguration, en octobre 1932, elle symbolise l’ambition d’une équipe municipale issue des milieux ouvriers, capable de concevoir et de réaliser des projets à la fois prestigieux, fonctionnels et porteurs de sens. Elle apparaît alors comme bien plus qu’un simple équipement public : c’est un véritable manifeste politique et social. Par la beauté, l’intelligence et l’efficacité du lieu, elle incarne une forme de rationalisme théâtral, où l’architecture devient langage, outil de transformation collective. Conçue comme un sanctuaire de l’hygiénisme, elle vient répondre aux conditions de vie difficiles des populations ouvrières de l’époque. 
 

Industrie

Au milieu du XIXe siècle, Roubaix connaît un essor industriel considérable, notamment sur le domaine du textile, et devient le symbole de la prospérité sur le domaine. L’industrie lainière domine les productions, et, cette production acquiert même une renommée mondiale. Par les mots du poète roubaisien Louis Decottignies, Roubaix, je t’aime alors qu’un réseau de fumée enveloppe tes toits avec l’ombre du soir, il en ressort donc clairement que le monde ouvrier roubaisien  occupe une place prépondérante dans le paysage urbain de la ville. Ainsi, la ville a vécu les bouleversements et changements politiques du XIXe siècle, tout en gardant une certaine prospérité. Cette prospérité urbaine se traduit par le fait qu’en 1875, Roubaix s’impose comme la principale métropole lainière de France, où, on a souvent affirmé que la cœur de Roubaix battait au rythme du cliquetis de ses métiers. Jusqu’en 1914, la machine industrielle roubaisienne fonctionne à plein régime, même si, à l’échelle nationale, le marché économique connaît d’importants bouleversements.

Politique

Mais comment parler de l'industrie et des ouvriers sans mentionner les grèves et manifestations ?  En effet, La grève, c'est l'arme du travailleur contre l'injustice du capital disait Jean Jaurès. Dans cette période post-guerre, les revendications et manifestations sont présentes.
En résumé, cette période se distingue par l’ensemble des éléments conduisant à une intensification des protestations et des grèves. Et, même si ce n'est pas indiqué auparavant dans les conseils municipaux, d’autres épisodes de grèves ont eu lieu à Roubaix, mais, sont caractérisés comme brèves et violentes. Les manifestations sont bien souvent liées au temps de travail, aux salaires et au droit de grève. Les conflits sont aussi liés à la création du “Consortium Roubaix-Tourcoing” en 1919. Des organisations patronales se développent dès la fin du XIXe siècle afin de lutter contre le mouvement ouvrier et d’assurer la représentation du patronat auprès des pouvoirs publics. Ce consortium contrôle 350 manufactures, 100 000 ouvriers, et est présidé par Eugène Motte. L’objectif dit de ce consortium est de défendre les intérêts de l’industrie face aux problèmes. Mais en réalité, ce consortium fait écho aux évènements de printemps 1920, où, ces groupes patronaux veulent exercer un contrôle sur les ouvriers afin d’éviter quelconques soucis (grève, protestation…). 
Aussi lié à la crise des années 1930 évoqué au début de propos, le Consortium prend de suite des décisions à l’encontre des travailleurs, notamment sur la baisse des salaires et de la “prime de fidélité”, appelé par les syndiqué “prime de l’esclavagisme”. 
Également, au sein de cette période de bouleversements, il en résulte une explosion du nombre de syndiqués. Notamment au sein de la CGT, où le nombre de syndiqués passe d’environ 800 000 membres en mars 1936 à près de 4 millions en décembre.